Ecrits et réflexions

Partage et réflexion sur et autour de : abus de pouvoir en éducation

Voici une réflexion issue d’un atelier présenté par Karen Minikin à Hinckley qui m’a permis de mettre des mots sur un ressenti, voire inconfort  jusque là resté vague, et pourtant présent dans maintes situations.

L’idée centrale de son atelier était d’établir un parallèle entre le processus historique de colonialisation et les potentiels abus de pouvoir liés aux statuts sociaux dans notre société actuelle. Par extension il s’agissait de porter un regard critique sur notre propre statut de professionnels de l’éducation et de la relation d’aide, « supposé sachant », et qui par l’utilisation de la théorie et des dynamiques relationnelles peuvent se placer dans une position de domination et de prise de pouvoir sur l’autre.

J’y vois plusieurs mises en garde importantes

  • quand nous nous sentons menacés et que nous entrons en contact avec notre vulnérabilité, l’une des issues qui se présente à nous est d’établir un diagnostic, ce qui nous permet de nous abriter derrière le bouclier de la théorie dans un premier temps. De plus le focus se déplace sur l’autre dont le comportement, les pensées et les émotions sont analysés , voire pathologisés, ce qui donne une « bonne raison » à notre propre inconfort.
  • il apparaît dès lors qu’il est désespérement facile de se comporter comme un oppresseur qui avec parfois les meilleures intentions du monde, explique, cherche à convaincre, voire à changer l’autre. Et comme dans tout processus de colonisation, l’oppresseur quand il donne , prend également dans le même temps. Il peut s’emparer, dans ce cas précis, des pensées, idées, émotions, cadre de référence, voire même de l’histoire et souvenirs de l’autre.
  • je tiens à me souvenir de cela pour les occasions à venir où je risquerais de me comporter comme un colon à la conquête de territoires inexplorés et « venant en aide » à des populations «  supposées non sachantes » , car malgré les meilleures intentions du monde il est toujours possible d’envahir l’autre et de le blesser.
  • je veux m’en rappeler lorsque je me sentirai à mon tour colonisée par d’autres dans des positions de pouvoir cherchant à faire pression et à me convaincre du bien fondé de leurs arguments. Savoir que cela provient probablement d’un mécanisme de défense m’aidera à me positionner différemment et à me respecter dans la relation.

En conclusion, il est dangereux de considérer une théorie quelle qu’elle soit comme une vérité universelle, ce qui nous entraîne dans une démarche de colonisation. Il est utile de se décentrer pour identifier les dynamiques de pouvoir en action dans nos relations aux autres, en particulier dans un contexte où notre statut entre en jeu.

(une formulation ma foi bien éclairante !)

Evelyne Papaux

Partage et réflexions sur et autour de : le cercle d’influence

Aujourd’hui j’ai envie de partager avec vous un modèle tout simple et très intéressant que j’ai découvert dans un livre sur le coaching. Ce modèle a été conçu par Stephen Covey en 1997 dans son livre « Les 7 habitudes de ceux qui réussissent tout ce qu’ils entreprennent. »

Le cercle d’influence correspond à tous les événements sur lesquels nous pouvons agir, tandis que le cercle de préoccupations correspond à ceux sur lesquels nous n’avons aucun contrôle.

Ce schéma nous rappelle visuellement de mettre notre énergie au bon endroit et de chercher à étendre notre cercle d’influence au lieu de s’épuiser à parler des problèmes situés dans le cercle de préoccupations et hors de notre maîtrise. Selon Covey, il vaut mieux se montrer proactif et intervenir dans le cercle d’influence qui va ainsi s’élargir, créant ainsi un effet démultiplicateur, plutôt que d’être exclusivement réactif, soit de subir le cercle des préoccupations qui va ainsi nous absorber et nous empêcher d’agir. La concentration réactive produit une énergie négative qui diminue le cercle d’influence et conduit à des attitudes de victimisation : la personne se résigne au fait que quoiqu’elle fasse elle ne peut contrôler son environnement et elle se contente de blâmer les circonstances, son manque de chance ou l’incompréhension des autres.

C’est un modèle focalisé sur une vision positive, car quelque soit le problème rencontré nous tenons entre nos mains le début de la solution qui se situe à l’intérieur de notre  cercle d’influence : changer nos habitudes, changer notre manière d’interagir avec les autres, changer notre façon de voir les choses. Nous n’avons pas toujours le contrôle sur les événements déterminants nos vies, mais nous avons toujours la possibilité de choisir notre réponse à ces événements.

Une des spécificités du coaching et de la supervision est d’aller droit au but, de se centrer sur l’ici et maintenant et d’identifier des stratégies positives pour soi. L’intérêt réside dans le changement que l’on désire pour soi et non dans le changement que l’on souhaite se voir opérer chez l’autre et à cet effet ce modèle est particulièrement pertinent. Cette image, facile à mémoriser, me semble utile pour moi-même quand je commence à m’agiter et à me perdre dans des idées peu constructives, je peux alors me recentrer et réorienter mon énergie. Egalement lorsque j’accompagne une personne et que je l’écoute « se raconter », je peux observer où elle se situe et l’inviter à revenir dans son cercle d’influence afin d’identifier ce qu’elle souhaite pour elle et définir ainsi sa prochaine démarche.

Evelyne Papaux

Partage et réflexions sur et autour de : la puissance de la métaphore

Je souhaite revenir sur ce que je viens d’expérimenter lors d’un module de clôture d’une formation. Le thème de ce module était les métaphores et les participants étaient invités à écrire des métaphores et à rechercher des éléments naturels symbolisant leur processus personnel. Pour rappel la métaphore est généralement une histoire, une comparaison condensée d’une situation vécue sans rien qui marque la comparaison. C’est un outil de changement, d’épanouissement et d’apprentisssage. La métaphore est dite concrète si elle agit par analogie non pas verbale, mais sensorielle ou/et motrice. La condensation et le déplacement n’agissent plus dans ce cas sur des énergies de niveau psychologique, mais sur des gestes et des sensations au niveau sensori-moteur, niveaux plus archaïques que la parole.

Cette suggestion paraît souvent déroutante et certaines personnes pensent au premier abord qu’elles ne sont pas créatives, qu’elles n’auront pas d’idées, qu’elles ne sauront pas faire. Puis la magie opère, chacun se retire et quand nous découvrons les diverses métaphores je suis frappée non seulement par l’originalité de chaque texte ou objet, mais également par leur puissance évocatrice. Quelques jours se sont écoulés et pourtant les images restent très présentes : un jardin rempli de fleurs, un orchestre, un feu, des chevaux qui s’ébrouent, des pives et des nuages, une agence de voyage et une partition qui s’appelle “autonomie”. Chacun a pu décrire ce qui se passait pour lui et l’effet de symbolisation
 lui a conféré une dimension nouvelle.

La métaphore présente un paradoxe : il s’agit de quelque chose de différent, mais qui pourtant me renvoie à ma situation. La métaphore m’invite à complexifier ma pensée, elle dérange l’équilibre des croyances ou des connaissances, elle crée un conflit cognitif qui pousse à intégrer de nouvelles options. La personne se sent libre dans ce processus qui s’opère dans un dialogue interne. Elle peut le faire à son rythme et dans une démarche autonome. La personne trouvera ses propres solutions à la suite de ce que l’histoire lui aura raconté sur elle-même et sur ses conflits intérieurs. La solution d’un problème peut spontanément émerger suite au recadrage offert par la métaphore, qui offre une redéfinition de la réalité. L’objectif est d’attirer l’attention consciente de l’individu et de déjouer ses mécanismes de défense afin de lui permettre de rentrer en contact avec les forces de son inconscient riches de possibilités et de solutions. La métaphore a pour but d’aider le destinataire à se réconcilier avec ses peurs, ses dilemmes, avec la réalité de l’existence, elle vise à donner des permissions, à mettre en mots les questions existentielles, à dédramatiser la perception de situations problématiques, à soutenir le démarche de choix, à explorer des pistes de mise en œuvre.

Quelques jours se sont écoulés et je reste sidérée par ce qui s’est passé pour moi: j’avais aussi décidé d’écrire une métaphore concernant mon départ, mais je n’y avais pas du tout réfléchi. Il me restait 20 minutes avant de la lire lorsque je me suis assise devant ma feuille blanche. Et je ne peux m’expliquer d’où les mots me sont venus mais en quelques minutes tout était écrit, sans effort et sans hésitation. Et les mots étaient justes, ils représentaient exactement ce que je ressentais et je pouvais les dire sans crainte… Après tout il ne s’agissait que d’une histoire de bateau et pas d’autre chose, n’est-ce pas ? Écrire ce texte m’a permis de “fermer une gestalt” et de me tourner vers la suite sereinement. Je souhaite ne pas oublier à l’avenir combien écrire une métaphore pour soi-même peut s’avérer soutenante et éclairante. Et je vous le souhaite aussi…

Evelyne Papaux

Réflexions sur et autour de : le rituel des examens

Depuis plusieurs mois j’accompagne plusieurs personnes vers leur « examen final » et j’observe les sentiments mélangés que cela leur procure. Dans un même temps un soulagement, comme une délivrance d’un processus parfois long et parfois lourd et l’anticipation joyeuse de la réussite et d’un « après » allégé mais également un sentiment de tristesse empreint du regret de la stimulation et d’insécurité devant l’inconnu de «l’après».

Un examen représente certes la présentation de son travail, de ses compétences, la synthèse de ses acquis, la mise en valeur de son identité professionnelle. Mais un examen c’est aussi un rituel de passage, une étape présentant une dimension de défi. Voici l’occasion de réfléchir à la symbolique du rituel de passage véhiculé par la situation d’examen, de s’arrêter sur le sens du rituel dans sa dimension sociale et spirituelle, car le rituel revêt une importance particulière dans le parcours personnel et professionnel des individus. Le rituel devient enveloppe protectrice à l’intérieur de laquelle des actes de partage et de communication prennent sens et vie. (Revue petite enfance n°65) Je veux parler ici de rite ou rituel au sens décrit par Marine Segalen : le rite ou rituel est un ensemble d’actes formalisés, porteurs d’une dimension symbolique. Le rite est caractérisé par une configuration spatio-temporelle spécifique, par le recours d’une série d’objets, par des systèmes de comportements et de langage spécifiques, par des signes emblématiques dont le sens codé constitue l’un des biens communs d’un groupe. (Rites et rituels contemporains. Nathan 1998)

Dans notre existence, nous vivons de nombreux passages, de nombreuses transformations… nous avons tous une histoire personnelle, une pratique sociale des passages. Elles forgent notre représentation, teintent notre manière de les vivre et de les penser pour les autres. Dans le langage courant nous parlons de « passer un examen », passer signifiant traverser des épreuves, les vivre, les ressentir, en garder trace ; Il s’agit d’un passage entre la sphère privée et la sphère publique. Le rituel est une cérémonie qui, dans le déroulement d’une vie d’homme, marque la séparation entre une étape qui finit et une autre qui commence. Le rituel en lui-même comporte trois moments : la séparation d’avec l’étape antérieure, la phase transitoire et périlleuse, la réintégration de l’individu dans le groupe. (Encyclopédie universelle). Selon Bourdieu le rite a ainsi une fonction sociale, qui sanctionne et sanctifie le nouvel ordre établi par une instance de légitimation, ainsi le rite ne peut être autoadministré. Le rite a aussi pour but de renforcer le sentiment d’appartenance, un moyen pour le groupe social de se réaffirmer périodiquement. Le rite a aussi pour but de rattacher le présent au passé, l’individu à la communauté. (Les rites comme actes d’institution. 1982)
Ainsi si passer un examen s’inscrit dans le rituel avec toutes les dimensions décrites ci-dessus, en être conscient lui donne un sens particulier. C’est une réflexion qui va m’accompagner lors des prochains examens auxquels je vais assister ou organiser, afin que le sens du rituel nous inspire et nous soutienne.

Bonne suite à tous ceux qui s’y préparent de près ou de loin.

Evelyne Papaux